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Prince Kouekeu Kuika Zachée: « Bangoulap pour moi c’est la terre de mes ancêtres »

Bangoulap en marche : Pouvez-vous, Prince vous présenter aux fidèles lecteurs de Bangoulap en marche?

 

Prince Kuikeu Zachée : Je vous remercie de m’avoir accordé cette interview dans le journal Bangoulap en marche pour lequel je ne rate aucun numéro depuis sa création. Revenant à votre question, je suis prince KOUEKEU KUIKA Zachée fils du feu roi KUIKA TCHAMBA Joseph et de la reine MAGNI NJIKE Louise.

Bem : A l’instar de certains de vos frères et sœurs nucléaires, votre absence a été constatée à la chefferie supérieure Bangoulap depuis l’arrestation et l’intronisation de votre frère YONKEU Jean en 2004 comme 24è Roi du peuple Bangoulap. Comment expliquez-vous cela ?

P.K.Z : Comme fils de roi, c’est le sang royal qui coule dans mes veines. J’avais donc pour ambition d’être arrêté et intronisé roi. A partir du moment où les choses n’avaient pas été en ma faveur, je m’étais donc retiré de toutes les activités de la chefferie et  si c’était comme dans le passé, j’aurais dû m’exiler dans une autre contrée pour faire valoir mon titre de prince-roi, mais malheureusement ce n’est plus le cas actuellement où tous les espaces sont viabilisés.

Bem : A partir de 2015, soit 11 ans après vous êtes de retour à la chefferie, et vous êtes dans la suite du roi lors de la présentation des vœux le 13 février 2016. Qu’est ce qui a suscité votre come-back ?

P.K.Z : Votre constat est exact et je vous en remercie. En effet, mon retour à la chefferie et ma présence dans la suite du Roi lors de la présentation des vœux le 13 février 2016  procède d’une longue et mûre réflexion à la base de laquelle se trouvent VEUNTANKOU KAMI Ernest (de triste mémoire), DJA MAVEUN NNIA Nathalie et TAVEUN TOUNYA Jérémie, qui ont été des grands artisans de cette réconciliation. J’ai eu de nombreux entretiens avec chacun d’eux et grâce surtout au bon Dieu leur message est passé. Fort de ce que rien n’est plus important que la paix  et que l’on ne construit pas dans le désordre, il s’est avéré impérieux de ma part de comprendre qu’il était temps de faire volte-face.

Bem : Après ce come-back, que sont devenus vos rapports avec ceux de vos frères et sœurs qui ne partagent pas votre point de vue ?

P.K.Z : Le fait que je sois revenu est une décision personnelle soutenue par ce que je viens de mentionner ci-haut. En tant que prince, que je sois à l’intérieur ou à l’extérieur de la chefferie, j’ai toujours eu de bons rapports avec mes frères.

Bem : Comment se comportent ceux et celles que vous avez rejoint dans ce méandre ?

P.K.Z : Sans le risque de me tromper et en me référant à une récente réunion tenue au palais, je peux vous affirmer que j’ai noté une satisfaction parmi mes frères et sœurs.

Bem : Vous avez pris la sage décision d’aller faire allégeance au Roi, votre frère, après 11 ans de turpitude et de boude à son endroit. Une fois face à lui qu’aviez-vous ressentie ? et comment vous avait-il accueilli ou reçu ?

P.K.Z : Une fois en face du roi, j’ai eu des remords et l’émotion m’a envahi. J’ai ressenti qu’il m’a manqué et que je lui ai aussi manqué. C’est avant tout mon grand frère. Il a commencé à me parler comme si nous n’avons jamais été séparés alors que 11 années se sont écoulées. C’est le lieu de mentionner qu’en tant que frères de sang,nous partageons certaines choses que nous avons héritées de notre père. Et s’il y’a quelque chose que nous partageons ensemble c’est l’émotion. En effet, les enfants du Roi KUIKA sont très sensibles et prêts à faire couler les larmes. Et ce n’est pas Sa Majesté le roi YONKEU qui me démentira.

Bem : Quelle est la nature de vos rapports en ce moment avec le roi des Bangoulap et avec l’ensemble de ses proches collaborateurs, pour ne pas dire les neuf en tant que prince ?

P.K.Z : En tant que prince, mes rapports avec le chef sont très bons, et le contact est permanent raison pour laquelle je suis constamment au courant de ses tournées àDouala. Aussi, lorsque je suis annoncé à la chefferie il me reçoit sans protocole. Je pense qu’il est irréprochable malgré ses multiples occupations. Quant à ses proches collaborateurs, mes rapports sont ceux d’un prince avec les notables et dignitaires tels que définis par nos us et coutumes.

Bem : Dans le sens de  l’intégration communautaire, êtes-vous membre des associations Bangoulap dans la ville de Douala où vous résidez ? Lesquelles ?

P.K.Z : Monsieur le journaliste, résident à  Douala  depuis mon jeune âge, j’ai été président de l’association Bangoulap de PK 13 et ses environs, où je joue actuellement le rôle de  grand conseiller.  Je suis membre de KUM KWA NFEN NZWE de Douala et également  membre  actif  de la famille royale Bangoulap section de Douala. Par le passé j’ai été membre du Conseil Supérieur Bangoulap et  commissaire aux comptes du Comité de Développement Bangoulap.

Bem : Pouvez-vous prince, en quelques mots nous faire découvrir, votre jardin secret dans le sens professionnel et familial ?

P.K.Z : Je suis employé au Port Autonome de Douala (PAD) – marié et père de plusieurs enfants.

Bem : Quel regard portez-vous sur le fonctionnement de la communauté Bangoulap  du Wouri dont vous faites partie?

P.K.Z : A mon avis, la communauté Bangoulap du Wouri est une communauté énergique, entreprenante et ambitieuse qui n’oublie pas son appartenance à Bangoulap et ne cesse de penser à son développement, exemple la journée de l’excellence scolaire à laquelle j’ai moi-même assisté à Douala Bonamoussadi. Toutefois cette communauté nécessite une mise au pas sur le plan organisationnel afin de prévenir et d’éviter tout dérapage susceptible de perturber l’harmonie.

Bem : En votre qualité de grand prince de la cour royale Bangoulap, quels rôles devraient jouer les grands princes et princesses autour du chef supérieur, leur frère ?

P.K.Z : Tout prince, toute princesse est noble par naissance, ce qui lui confère un droit de distinction vis-à-vis des autres. Il a donc le devoir de jouer le rôle de grand conseillerauprès du roi en vue de protéger le trône et de promouvoir la paix pour l’épanouissement de la chefferie en particulier et du village en général.

Bem : Au mois d’avril dernier, les princes et princesses, progénitures du défunt roi KUIKA TCHAMBA Joseph de regretté mémoire, se sont retrouvés à la chefferie supérieure pour une assise familiale. Que vous a inspiré cette initiative attendue depuis belle lurette par le peuple Bangoulap ? et peut-on avoir un bref aperçu de ce qui  ressort de cette rencontre et qui concourra à votre réconciliation et par là la bonne marche de la chefferie ?

P.K.Z : Cette assise convoquée sous l’onction du roi et placée sous le thème « le linge sale se lave en famille » avait réuni près de 30 enfants. Et c’était la grande retrouvaille. Chacun et chacune avait eu à s’exprimer en toute liberté. Et les problèmes soulevés de part et d’autre ont eu un début de solution. Le train de la réconciliation vidé de tout ressentiment étant  donc  en marche, je saisis  cette occasion pour rappeler à tous mes frères et sœurs que notre père, le roi KUIKA TCHAMBA était un homme de paix, un rassembleur, un roi respecté. Nous devons donc lui ressembler en restant fidèles à ses principes et idéaux afin de perpétuer sa mémoire à travers celui qui est actuellement sur le trône de la dynastie NZOUAMY tout en ayant à l’esprit cette maxime ‘‘vox populi, vox Déi’’ – la voix du peuple, la voix de Dieu.

Bem : Des résolutions issues de cette rencontre, quelle a été l’attitude du roi ? Et vos frères et sœurs qui restent sceptiques et réticents, comment allez-vous vous y prendre pour les ramener à de meilleures raisons ?

P.K.Z : Pour cette rencontre je tiens à remercier le roi pour sa disponibilité et son ouverture d’esprit par rapport à nos doléances. La seule chose que je puisse faire pour mes frères et sœurs absents à cette rencontre c’est de continuer à dialoguer avec eux pour les ramener à de meilleurs sentiments en leur rappelant d’ores et déjà que le pardon est l’arme du plus fort et que l’humilité est l’une des vertus cardinales.

Bem : Croyez-vous au processus de la réconciliation de la grande famille royale tout azimut entreprise par la Présidente Nationale de la famille royale DJA MAVEUN NNIA LENGUE Nathalie depuis lors ?

P.K.Z : Le fait d’être devant vous n’est-il pas la preuve que j’y crois avec conviction ? Qu’il me soit permis de rappeler que l’appartenance à la lignée royale est  un honneur et un privilège innés et que chaque personne concernée ne devrait pas s’en départir.

Bem : Quel est votre opinion sur le niveau de développement du village Bangoulap depuis l’accession de votre frère SM YONKEU Jean au trône, voici exactement 12 ans

P.K.Z : En ce qui concerne le développement Bangoulap, je peux dire qu’il est fulgurant. En effet, j’ai été agréablement surpris de constater lors du défilé du 11 février 2016que le nombre d’établissements et d’élèves a  pratiquement doublé; et que des ONG à l’instar de la fondation Jean Félicien GACHA assurent la formation des jeunes et que par ailleurs, le village est doté d’un poste de gendarmerie.

Bem : Maintenant que vous semblez consciemment avoir changé d’option vis -à-vis de votre frère au trône, et que votre retour implicite est visible et apprécié par des observateurs avertis des problèmes Bangoulap, comment comptez-vous mettre à profit ce décisif retour à l’actif de la bonne marche du développement du village, surtout de la sérénité et la stabilité au sein de la cour royale ?

P.K.Z : Je remercie chaleureusement tous les observateurs qui apprécient mon retour. Je compte le mettre à profit pour le village. En ce qui concerne le développement du village je serai ravi d’œuvrer partout où besoin sera pour la stabilité au sein de la cour royale.

Bem : Qu’attendez-vous des Bangoulap en général en vue de faciliter l’objectivité de votre réintégration dans la communauté en plénitude ainsi que  celles des autres, tes frères et tes sœurs ?

P.K.Z : S’agissant de ma réintégration dans la communauté en plénitude ainsi que celles des autres, mes frères et mes sœurs comme vous le dites, je vous rappelle que cela relève du pouvoir discrétionnaire du roi, pouvoir qui lui permet de  responsabiliser les notables de la cour royale avec des prérogatives bien définies pour chacun.

Bem : Quel est votre regard ou mieux votre approche de vue sur le problème de la famille NFEUN FONDJA Lazare qui, malgré tout ce qui a été initié, fait et résolu, resurgit et hante toujours les esprits à Bangoulap ?

P.K.Z : Si mes souvenirs sont justes, le chef KUIKA TCHAMBA avait statué définitivement sur ce litige en signant avec son neveu MBEU NGASSA Jacob, fils de NVEUN FONDJA TCHAMBA Lazare, le pacte de réconciliation matérialisé par la pratique de « FETNI » qui s’apparente de nos jours au protocole d’accord. En effet, nul n’ignore dans notre tradition qu’en cas de désaccord grave suite à la violation de la coutume par un frère ou un enfant d’une même famille, intervient le « DZEU TSE » – interdiction de consommer tout repas par les 2 parties. Cette sentence ne peut être levée que par le rite  de « FET  NI ». Ce que le chef KUIKA TCHAMBA en qualité de père et MBEU NGASSA en tant que fils avaient exécuté et dès cet instant la consommation de tout repas était de nouveau possible entre la lignée KUIKA TCHAMBA et celle FONDJA ainsi que de tout le peuple Bangoulap. A l’issue de ce rituel mettant un terme aux rapports jadis conflictuels MBEU NGASSA  était élevé au rang de DJA MBEU FONDJA NGASSA et comme représentant des descendants FONDJA à la chefferie supérieure Bangoulap. C’est donc ignorer l’histoire que de remettre en cause ce qui a été clos sur le plan coutumier.

Bem :Que symbolise Bangoulap pour vous aujourd’hui ?

P.K.Z : Bangoulap pour moi c’est la terre de mes ancêtres – ma dernière demeure.

Bem : Votre mot de fin pour terminer cet entretien ?

P.K.Z : Ce que je demande à mes frères c’est de savoir pardonner. C’est dans la paix qu’on construit. Nous sommes les fruits d’un même arbre et nos différences doivent s’accorder pour créer l’harmonie comme en musique. Je souhaite que tout Bangoulap et sympathisant où qu’il se trouve s’abonne au journal Bangoulap en marche, instrument inconditionnel pour porter au loin l’image de notre village. Vive notre roi Sa Majesté YONKEU Jean et le peuple Bangoulap. Je vous remercie et bon courage.

Réalisé par Taveun Tougnia Gérémie

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