Histoire Géographie de Bangoulap

La Forge de La’afeng : Importance dans le contexte traditionnel d’autrefois

Pendant longtemps, l’art de forger est resté l’une des principales préoccupations des sociétés traditionnelles dépourvues de toute ouverture sur l’occident. Mais à Bangoulap, cette activité fut d’autant plus importante qu’elle aura contribué aussi bien à son rayonnement matériel et militaire que politique et culturel.

L’histoire de la forge à Bangoulap remonte sans aucun doute à une date très reculée que nous ne pouvons malheureusement situer avec exactitude faute de source appropriée. C’est en effet à LAFENG, quartier situé à l’Ouest de ce territoire que cette industrie primitive  reçut la plus grande adhésion du public. C’est ainsi que pour marquer ce grand attachement dont nourrissaient les habitants de LAFENG à la forge, on a toujours considéré cette région comme le quartier industriel de Bangoulap de l’ère précoloniale. Toutes les familles entières se sont spécialisées dans cette activité : le cas de NFEUSABEN est une illustration.

Les éléments de travail à la forge étaient le marteau, l’enclume et les soufflets rattachés à un tuyau en bois.

Le marteau était un assemblage   de plusieurs morceaux de fer chauffés  et réunis. Il servait à donner grâce au contact avec l’objet déposé  sur l’enclume la forme voulue à l’objet en cours de fabrication.

Les soufflets quant à eux étaient d’abord formés par un tuyau en bois auquel étaient rattachées des feuilles de bananier chauffées et tissées en vue de l’obtention d’un volume considérable. A ces feuilles enroulées on reliait deux morceaux de bois ; ce qui permettait au forgeron de souffler ou de repousser de l’air à tout moment. Le tuyau de bois posé horizontalement sur le sol se trouvait à quelques centimètres d’un morceau d’argile de forme cylindrique, non bouchée à la base et dont la périphérie était en contact avec le feu. Cet argile servait de liaison entre le feu et le tuyau en bois et leur contact du feu et dès qu’il arrivait à épuisement on le remplaçait par un autre morceau.
 
Le charbon qui permettait le chauffage du fer pour le rendre maniable provenait de trois catégories d’arbres : Le MBATSSI, le MAHAHA, le TSILA. Avec les deux premières espèces, on fabriquait des manches pour les machettes, les houes, les pioches et les lances.

Le TSILA quant à elle était très sollicité pour la fabrication des aiguilles de la lame de rasoir, du couteau et bien d’autres petits objets. La lame de rasoir était un morceau de bois assez mince mais en forme d’un arc de cercle, avec une machette. Du TSILA on pouvait extraire un vernis utilisé pour la décoration des poteries et des tabourets.
Le traitement du fer était assez simple. Après avoir été longuement chauffé, le fer émettait des étincelles, preuve qu’il était déjà maniable. Dans ce cas, le forgeron le sortait du feu et le posait sur l’enclume, le plus souvent une pierre très résistance ramassée   dans la nature. Après avoir appliqué quelques coups de marceau il remettait le fer au feu, attendait de nouveau les étincelles pour continuer l’opération jusqu’à la production d’une sorte d’acier auquel on donnait la forme souhaitée. C’est de cette façon que furent fabriqués des outils manuels, tels que les houes, les machettes, les lances, les couteaux, etc…

L’essor de la forge à Bangoulap eut des finalités matérielles avec cet arsenal d’outils fabriqués. Mais il convient de noter son apport dans le domaine militaire.

Que ce soit avec NZOUAMI son fondateur et ses successeurs les plus proches ; que ce soit avec le chef NKEUKWET, le plus timide et le plus passif de toute la dynastie ; encore moins avec NGAHANE qui mit  hors état de nuire la puissante armée du célèbre envahisseur  Bamoum ; la planification et le maintien de l’intégrité territoriale de Bangoulap ne put se faire sans recours à l’épée, aux lances et aux sagaies. De même, la tactique de la guerre des tranchées à laquelle Bangoulap fut réputée, nécessitait un arsenal considérable de houes, de pioches et de machettes pour  creuser de tels couloirs aux distances énormes.

Ceci nous amène à constater que si le stock considérable d’outils fournis par les forgerons dans le cadre de la guerre à Bangoulap n’explique pas leur exploit dans diverses campagnes. Il est l’un des éléments qui l’ont rendu possible.

Parce qu’il est le ravitailleur de l’armée en guerre, le forgeron nécessite une considération particulière de la part du village   en général et des hommes politiques en particulier. Devenu stratège, il est recherché par l’ennemi qui voudrait détruire ses installations ou son foyer (terre brulée) C’est pourquoi le quartier LFENG reconnu pour sa consonance industrielle bénéficiant à l’approche de chaque campagne militaire d’une protection spéciale de la part d’un con contingent de l’armée. La forge avait pour cela une farce politique. L’autre domaine dans lequel l’art de forger a pu s’imposer c’est la culture.
Le résidu de fer qui restait au fond du foyer ardent était utilisé pour la fabrication de cartouches. De cette pratique dérivé le surnom TAANKOO-NGAN (père des cartouches) érigé ensuite en éloge  ou NDAPP. De même l’éloge NGOU-LAAA (fille de la forge) a été attribué aux filles ressortissantes de LAFENG pour leur affinité avec les praticiens de cet art.

Le LAA, la danse traditionnelle des femmes de ce quartier découle de l’imitation rythmique du bruit de la forge.

Enfin, certains instruments de danses folklorique tels que les lances, les épées, les barres de fer provenant de la forge. De ce fait nous pouvons affirmer que les forgerons ont eu leur rapport dans le rayonnement culturel de Bangoulap.

L’impact de la forge dans Bangoulap d’autrefois se percevait sur une quatriple dimension : culturelle, politique, militaire et surtout matérielle. La pénétration Européenne aura réduit la grossièreté dans la forme des objets, amélioré la production tant qualitativement que quantitativement.

De telles vérités ne peuvent que dénuder certaine illusion ethnocentriste selon laquelle l’Afrique n’est qu’un dessert culturel.

DJAFA YANOU CALIXTE
Ancienne Présidente BSA Douala

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