Cultures et traditions

LA HIERARCHIE SOCIO-TRADITIONNELLE A BANGOULAP

Comme les pharaons d’Egypte au troisième millénaire avant notre ère, les hommes à Bangoulap ont très tôt compris qu’il leur était nécessaire d’accorder plus de pouvoirs à ceux susceptibles d’éclairer et de guider les autres au sein  de leur communauté. Ainsi, qui détient le pouvoir à Bangoulap jusqu’où se limite-t-il ? Pour répondre à ces questions, il importe de souligner que nous allons rester dans deux contestes qui, même s’ils ont tendance à se confondre, ne sont pas les mêmes : le contexte social et le contexte traditonnel.

Les différents notables et dignitaires à Bangoulap

-Le chef supérieur ; c’est le personnage N° 1 du village et qui se trouve au sommet de la hiérarchie entre les dignitaires. Il représente pour un village, ce qu’est pour un Etat ou un pays son président. Le chef supérieur détient au sein de sa communauté les pouvoirs exécutifs et judiciaires, tandis que le pouvoir législatif il le partage avec le conseil des notables qu’il dirige.

Le pouvoir de chef  supérieur se transmet de père en fils : cela signifie que tout chef supérieur à hérité ce trône de son père, à moins qu’on ne soit le fondateur même de la dynastie (exemple de Feu Nzouami de Bangoulap au 17e siècle de notre ère).
Ne pouvant administrer lui-seul le village, le chef supérieur est assisté dans cette lourde et exaltante tâche par des notables que nous allons citer sans toute fois tenir compte de la suprématie entre les uns et les autres.

-Le Nfeun-Nteuh

C’est un exilé politique qui se réclamerait le titre de chef supérieur dans son village d’origine. Pour diverses raisons (coup de force d’un de ses frères) il s’est trouvé un refuge dans un village voisin pour échapper aux menaces de mort de son rival qui l’a renversé. Mais malgré le fait qu’il ne puisse retourner chez lui avec le titre de chef supérieur on lui reconnait quand même le mérite d’un homme qui aurait été chef supérieur n’eut été la force des circonstances : le titre de Nfeun-Nteuh lui est ainsi confié. Son statut de notable est assez particulier, car il possède une équipe de petits notables qu’il dirige. Cependant, on peut comparer le notable Nfeun-Nteun à celui du chef supérieur qui lui confie une partie de son royaume où il pourra s’installer avec sa suite, ses fidèles. Comme chef supérieur, le Nfeun-Nteuh est porteur du Kwa’à (bague mystique), symbole de la puissance dans le monde Bamiléké en général. Grâce à leur autorité sur le plan social, on peut considérer les Nfeun-Nteuh comme talonant de très près le chef supérieur.

-Nkwibou : Selon la tradition, Nkwibou est l’adjoint au chef supérieur et est choisi par ce dernier parmi ses consanguins. C’est le principal rival au chef supérieur car la légende raconte qu’au cours de la cérémonie d’intronisation (quand ils sont appelés à passer quelques jours d’immobilité sur le tronc de bananier), on peut donner l’occasion à Nkwibou, qui lui-même a soif du pouvoir, de le remplacer sans aucune forme de procès.

-Menkam : comme le chef supérieur et le Nfeun-Nteuh, Menkam à travers le port du Kwa’à possède de pouvoirs mystiques que le Nkwuibou qu’il peut remplacer en cas d’empêchement. Parce que le trône de chef supérieur se transmet de père en fils, Menkam ne peut aspirer à ce sacre. Titre de classe exceptionnelle, on distingue ici deux sortes de Menkam: ceux qui portent le kwaba (bracelet différent de celui du Roi par la fente) et qui subissent certains rites traditionnels, et ceux que l’on donne volontiers à d’autres personnes; Cette deuxième catégorie dans la tradition ne peut équivaloir à la première et les titulaires de ce titre n’ont d’ailleurs pas le pouvoir. Au Laakam le Roi en initiation portait le titre de Menkam et à la sortie celui de Belong (Chef)

-Tafeun : c’est le second adjoint au chef supérieur, comme le Nkwuibou, tafeun est le frère consanguin au chef. Son rôle est de regrouper les personnes au sein de la communauté, d’assurer la cohésion et l’union entre les hommes.

-Mbeu : ce tire est accordé à quelqu’un de large à qui il est confié la responsabilité d’une famille dans le village. Ce dernier doit veiller à la bonne marche de cette famille et doit s’occuper des multiples problèmes qui la préoccupent.

Ce titre ne peut être offert que par le chef supérieur ; mais certaines versions confèrent aux grandes familles le même droit.

-Sah : c’est le porte-parole du chef. Il sert d’intermédiaire entre le chef et la masse. C’est un personnage très vaillant et courageux car i est aussi bon animateur. Quand le chef doit prendre la parole devant l’assistance, le Sah se lève et éveille tout d’abord la foule ; après que le chef ait parlé, il explique, retransmet et rend plus accessible à la masse le contenu de son discours.

-Ndjaa : ayant la responsabilité d’administrer et de régler les affaires d’un quartier donné et d’en rendre compte au chef supérieur, le Ndjaa représente pour la société bangoulap ce qu’est pour un pays le gouverneur de province.

Les Ndjaa passent pour être des chefs de quartier (avec une chefferie ; d’où la précision apportée chaque fois pour désigner la grande chefferie quand on emploie l’adjectif « supérieur »).

Les Ndjaa connaissent très bien le village et parfois même plus que le chef supérieur. Ils sont reconnus comme l’ayant occupé les premiers et connaissant très bien son évolution. La plupart de temps, la dynastie régnante les a trouvé déjà installés au village avant que de les anéantir et imposer sa volonté. Pour respecter leur qualité de doyen, le chef leur attribue le titre de Ndjaa et délégué à chacun d’eux une partie de son pouvoir.

Le titre de Ndjaa peut aussi être attribué compte tenu de la génération ou de l’âge de celui qui en bénéficie (3e et 4e génération). Dans ce cas le chef entend par là respecter son endurance, sa résistance sur terre.

Les Ndjaa passent pour être plus connus et plus honorés que les Nkwibou, Mbeu, etc… Mais malgré cette influence,  ils n’ont pas droit au statut de panthère, symbole de la dynastie régnante auquel ont droit les Mbeu et Nkwibou. Le titre de Ndjaa vient donner plus de pouvoir à une classe. On rencontre les Dja sah, Dja Sob, Dja Mbeu

-Nzoub : compte tenu de sa vivacité et de sa vaillance, un individu peut mériter de la part du chef supérieur le titre de Nzoub. Dans ce cas il tient lieu de l’encourager afin qu’il puisse s’efforcer davantage.

-Tcheuh-Mveun : C’est celui qui a force d’assister le chef supérieur et de lui rendre service devient en quelque sorte don serviteur. Ainsi pour manifester sa reconnaissance, le chef supérieur lui donne le titre Tcheuh-Mveun.

S’il revient aux hommes ci-dessus présentés d’administrer et de faire régner la paix et la justice entre les hommes au sein du village, les femmes quant à elles bénéficient pour certaines de quelques titres honorifiques dont en voici quelques uns :

Mafeun : ce titre revient aux sœurs du chef, de même père et de même mère. Mais de plus en plus le rayon s’élargit au point que le chef puisse l’attribuer à ses sœurs consanguines.

Menkouh : C’est la sœur consanguine au chef. Comme les Nkwibou, Tafeun et Mafeun, ce titre s’acquiert par nomination.

Mah-Beu-Ngoup : c’est la femme heureuse, celle qui hérite ensemble avec le chef. Elle est reconnue officiellement comme la première épouse et prend donc ce titre.

Nzui Kam : c’est la seconde épouse du chef ; c’est elle qui sert d’intermédiaire entre le chef et ses visiteurs.

Bajougà : quand le chef succède à son père ayant déjà une femme avec qui il couchait déjà, ce titre lui est donné pour améliorer son prestige parmi les autres femmes bénéficiant des honneurs de la cour royale (Mah-Beu-Ngoup, Nzuikam, Tsiyan, etc…)

Notons toutefois en passant que nous avons été très sélectifs dans cette présentation de titres honorifiques aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Nous n’en finirons pas s’il faut les ressortir tous ; seulement nous pouvons ajouter à ce qui a été dit chez les hommes qu’on peut combiner des titres comme dans des exemples suivants :
Ndjaa-Mbeu est un Mbeu élevé au rang de Ndjaa.
Quoiqu’il en soit, le Ndjaa est supérieur au Mbeu qui à son tour dévance le Nzoup ; ceci nous permet d’établir d’autres relations : Ndjaa-Mbeu est supérieur au Ndjaa-Nzoup lui aussi supérieur au Mbeu.

Pour mieux cerner la hiérarchie dans la machine politique du village, voici une esquisse de schéma.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Theme of Rigorous Themesbangoulap.com
Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial
error

Enjoy this blog? Please spread the word :)